Le management n'a jamais existé

C’est un putain de théâtre.
Une comédie de Bouvard jouée à guichets fermés depuis des décennies.
Et toi ? Tu es dedans.
Tu montes sur scène tous les jours.
Tu enfiles le costume.
Tu récites ton texte avec application : « alignement stratégique », « cascade des objectifs », « autonomisation des équipes », « culture de la performance », « leadership authentique ».
Tu gesticules et souris au bon moment.
Tu opines même de la tête pendant les réunions où tout le monde fait semblant de maîtriser quelque chose.
À chaque fois que tu parles à ton board, à tes équipes, à ton propre boss, tes tripes se tordent pour te faire vomir la bouffe avariée que tu avales depuis des années.
Ta gorge se serre, étouffant le moindre cri de rage.
Car derrière les slides, derrière les process, derrière les KPIs, il n’y a rien.
Juste du vide.
Juste une pièce absurde où des adultes sérieux font comme si le Vivant pouvait être rangé dans un organigramme.
Le Vivant, lui, n’a jamais lu le script.
Il s’en fout royalement de tes RACI, de tes OKRs, de tes comités de pilotage, de tes roadmaps à trois ans.
Il arrive au milieu de ta présentation PowerPoint et te retourne comme une crêpe.
Sans prévenir, il t’empale sur un pieu d’acier pendant que tu parles de « performance durable ».
Il te déchire pendant que tu fais semblant de maîtriser ton périmètre.
Et toi, tu continues à jouer.
Parce que si tu arrêtes cette mascarade, il ne reste plus rien.
Plus de rôle. Plus de costume. Plus de texte à réciter.
Juste toi.
Nu.
Face au Vivant.
Le management n’a jamais existé.
Il n’y a jamais eu que des humains terrifiés qui ont inventé cette comédie interminable plutôt que d’accepter que le Vivant ne se contrôle pas. Il t'éventre.
Tu le sais déjà.
Tu le sens dans cette fatigue qui n’est pas de la fatigue.
Dans cette impression que tout sonne faux, même quand tu parles avec conviction. Dans cette petite voix qui te murmure, à 4h12 du matin : « Tout ça n’a jamais existé. »
Il n’y a jamais eu que toi, sur scène, en train de faire semblant.
Et la seule question qui compte vraiment est celle-ci :
Combien de temps vas-tu encore continuer à jouer la pièce…
alors que tu sais, au fond de tes tripes,
que le rideau est déjà tombé depuis longtemps ?



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